ETUDE HISTORIQUE SUR L'ABBAYE DE BOUZONVILLE
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EPOQUE MODERNE : DE L'EDIFICE MEDIEVAL AUX RECONSTRUCTIONS MODERNES DES XVIIe ET XVIIIe SIECLES ( 1497-1789 )

NOUVEAUX STATUTS ABBATIAUX ET MISERES DE LA GUERRE (1616-1684)

Les misères de la guerre

Le monastère de Bouzonville, comme la Lorraine, a souffert des " misères de la guerre ", dépeintes par Jacques Callot ( 1592-1635 ). L'église et le monastère brûlèrent, semble-t-il, pendant la guerre de Trente Ans, entre 1630 et 1641. En 1673, le duc Charles IV ( 1625-1675 ) constatait que l'église était " entièrement ruinée par le désordre des guerres ", ce qui semble accréditer la thèse de l'incendie. La peste n'épargna pas les religieux : près d'un tiers des religieux de la congrégation périt à cette époque. Beaucoup de paysans furent par ailleurs emportés par la peste et la famine, ou quittèrent simplement les domaines de l'abbaye. Alors que la Lorraine perdait pendant la guerre de Trente Ans près de 60% de sa population, le bourg de Bouzonville, qui comptait quelque quatre-vingt-dix foyers en 1610, en perdit les trois quarts...Ces fléaux étaient imputables en grande partie au flux et reflux des troupes impériales et françaises en Lorraine. Dès 1620, un corps espagnol suivant le cours de la Nied ouvrait plusieurs décennies d'hostilité dans le pays bouzonvillois. Les Croates du général autrichien Gallas saccagèrent le pays en 1635. Le monastère fut occupé ensuite, en 1646, par les troupes du gouverneur royal de Sierk, Nicolas de Brisacier. Le traité de Westphalie ne mit pas fin, dans le duché, aux malheurs de la guerre. En 1661, à la suite du traité de Vincennes, l'abbaye fut mise à contribution par le duc Charles IV pour détruire les fortifications de Nancy. Dans ce dessein, le duc exigea, des maisons religieuses de son obédience, une participation financière et matérielle. L'abbaye Sainte-Croix dut envoyer quatre hommes à Nancy, et paya l'imposition ducale jusqu'à la fin des travaux. Les raids militaires se poursuivirent encore quelques années, sous le commandement du duc Charles V ( 1675-1690 ), généralissime des troupes allemandes. Celui-ci passa les défilés de Bouzonville et y battit " les Dragons ennemis ", en 1677.

L'abbaye eut donc à souffrir financièrement et matériellement de ces guerres. Les bâtiments monastiques ne furent vraisemblablement pas épargnés, et l'ancien monastère était en outre devenu vétuste, ce dont les religieux ne manquèrent pas de se plaindre à différentes occasions. Le prieur, écrivant en 1668 à l'abbé commendataire, se plaignait du mauvais sort réservé à la communauté en ces termes : " ...depuis la séparation des menses en 1633, les guerres étant survenues, on n'a pas pourvu, comme on leur avait fait espérer, à leur donner un lieu pour pouvoir se loger avec leurs domestiques : ils sont logés à l'étroit et n'ont qu'une seule chambre pour les survenants, ayant été obligés de loger le bétail dans leurs chambres... ". Deux ans plus tard, les bénédictins protestèrent de nouveau, en précisant qu'ils étaient :"...dans des appréhensions continuelles que quelque malheur ne leur arrive par le feu, à cause des graines, fourrages et bois, qu'ils [ étaient ] obligés de mettre dans le corps de logis, leur basse cour étant trop resserrée et ne pouvant l'étendre à cause d'un jardin appartenant à l'abbé... ". Dans une lettre adressée au lieutenant général du bailliage de Sarrelouis, le 29 mai 1686, le prieur confirma que les anciens bâtiments monastiques et les lieux réguliers étaient vétustes et en mauvais état, les religieux n'ayant pas toutes les commodités nécessaires. Quant à l'église, elle était entièrement ruinée, selon l'acte déjà mentionné de Charles IV, promulgué en 1673. C'est donc un monastère en triste état que le feu, tant redouté par les religieux, allait ravager en 1684.

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