ETUDE HISTORIQUE SUR L'ABBAYE DE BOUZONVILLE
34/42

EPOQUE MODERNE : DE L'EDIFICE MEDIEVAL AUX RECONSTRUCTIONS MODERNES DES XVIIe ET XVIIIe SIECLES ( 1497-1789 )

INCENDIE DU MONASTERE ET RECONSTRUCTIONS MODERNES (1684-1789)

Prospérité nouvelle( 1680-1789 )

Une abbaye en expansion

Agrandissement

Les édiles municipaux n'eurent de cesse, durant tout le XVIIIe siècle, de créer une paroisse dans le bourg, qui dépendait depuis le haut Moyen Âge de la " cure fossile " de Vaudreching, malgré un bon millier de communiants. Dès 1715, au moment de l'élargissement du collatéral sud, lié peut-être à ce projet, il fut question du transfert du titre paroissial de Vaudreching à Bouzonville. L'église Sainte-Croix était en effet pressentie pour servir d'église paroissiale. Après de multiples rebondissements et devant l'exiguïté et la vétusté de l'église mère de Vaudreching, l'évêque de Metz Louis de Montmorency-Laval ( 1760-1802 ) ordonna le transfert du titre en 1768, et l'érection à Bouzonville d'une nouvelle église dédiée à saint Rémi. Devant les réticences de certains, ce projet fut freiné, et alors qu'il était sur le point d'aboutir, comme le montre le projet définitif de 1788, la Révolution allait le rendre caduc. Durant tout le XVIIIe siècle, la piété populaire ne se démentit pas : un pèlerinage autour des reliques de la Croix de l'abbaye se développa, et en 1719, une confrérie du Saint-Sacrement fut créée dans l'église abbatiale. La congrégation de Saint-Vanne, et ses vingt-sept monastères lorrains, était particulièrement vigoureuse : la baisse des effectifs, qui atteignit principalement les ordres mendiants, ne la toucha pas. L'effectif de la communauté de Bouzonville doubla même entre 1700 et 1760 : le nombre des religieux, tombé à six en 1668, passa à neuf en 1699, puis à dix-sept en 1742, et enfin à dix-huit en 1759. Ce nombre diminua progressivement à partir de cette date avec dix-sept membres en 1766, et treize en 1790.

Sous l'influence des lumières françaises et de l'" Aufklarung " germanique, la vocation monastique évolua, et se donna une finalité autant sociale que spirituelle. En 1763, les bénédictins de Bouzonville, qui disposaient d'une bibliothèque de près de quatre mille ouvrages, proposèrent d'ouvrir une école dans l'enceinte de l'abbaye, pour les futures élites locales. Si la congrégation de Saint-Vanne a constitué l'armature intellectuelle du jansénisme lorrain, l'abbaye de Bouzonville ne s'est pas illustrée en défendant ses thèses. En revanche, ses religieux ont été pénétrés par ses idées, et par des idées plus progressistes, comme en témoigne leur adhésion à la franc-maçonnerie. Nulle part, la pénétration des idées maçonniques chez des religieux, après 1760, n'est autant marquée qu'à Saint-Avold et Bouzonville. Les deux abbayes vannistes abritèrent le siège d'une loge et pourvurent aux fonctions maçonniques officielles. La loge de Bouzonville " Les Amis Réunis ", installée en mars 1789 dans l'abbaye, ne comptait pas moins de dix religieux et un chanoine sur seize membres. L'abbaye allait disparaître dans la tourmente révolutionnaire, mais ses bâtiments et l'abbatiale allaient connaître un autre destin.

Page d'Accueil