| ETUDE
HISTORIQUE SUR L'ABBAYE DE BOUZONVILLE |
36/42 |
![]() |
Pendant la Révolution, la commune de Bouzonville, qui comptait alors 330 feux, eut en général une attitude modérée vis-à-vis des religieux. Les quarante-quatre articles du cahier de doléances de Bouzonville, rédigé le 6 mars 1789, ne révèlent aucune attaque virulente à l'encontre des moines de l'abbaye. Les habitants de Bouzonville se plaignent, dans l'article 31, de payer la dîme et de supporter en plus les charges pour lesquelles ils la payent. Ils regrettent dans l'article suivant, la mauvaise répartition des bénéfices ecclésiastiques, entre ceux qui remplissent leurs devoirs " dans la poussière des églises ", et ceux qui en " recueillent les perles ". Dans l'article 33, ils souhaitent voir les religieux enseigner " les vérités de la religion et des humanités ". Enfin, dans l'article 39, ils demandent que les bénéfices de la mense abbatiale soient attribués à la direction de l'Etat provincial dont l'abbaye dépendait. Ces récriminations justifiées visaient simplement à éliminer certains abus trop criants. A l'automne 1789, le Conseil de Bouzonville imposa les religieux dans le cadre de la souscription patriotique. Il fut alors procédé à un inventaire des biens monastiques le 28 mars 1790. Ce document nous dépeint des bâtiments claustraux confortables, possédant de belles boiseries, des tableaux, et une bibliothèque d'environ quatre mille volumes. Le 23 février de la même année, trois des douze religieux restés à l'abbaye décidèrent de partir, car leur monastère, trop petit selon la loi, ne pouvait être conservé. Une tempête dévasta les toitures, et brisa les vitres au mois de mars suivant : le district de Sarrelouis, auquel la commune était rattachée depuis un an, autorisa aussitôt la commune à entreprendre les réparations nécessaires. Les derniers religieux évacuèrent le couvent pendant l'été, comme semble l'indiquer le récolement d'inventaire du 17 août 1791. En octobre, l'ensemble des bâtiments, jardins, et dépendances, fut mis à bail : le douze du même mois, l'administrateur et le procureur syndic du district procédèrent au bail, et adjugèrent aux rabais les réparations à faire aux toitures.
![]() |
L'année suivante, les officiers municipaux proposèrent au ministère de la guerre de transformer l'abbaye en caserne de cavalerie, en raison de sa situation stratégique. Aussi, le 13 février 1792, l'architecte et géographe du département, Casimir Robin, dressa un procès-verbal d'expertise des lieux, décrivant les jardins et basses cours, de même que les maisons conventuelle et abbatiale. Les locataires provisoires de l'abbaye durent laisser leur place à un escadron du 4e régiment de Hussards, qui logeait déjà en partie chez l'habitant. Après la déclaration de guerre du 20 avril 1792 contre le " roi de Bohème et de Hongrie ", l'abbaye fut occupée par de nouvelles troupes, concrétisant ainsi soixante ans plus tard le projet du comte de Tarnau. Après le départ des troupes, les officiers municipaux effectuèrent le 29 mai 1795 un relevé des dégradations commises dans l'abbaye. Parmi les nombreuses altérations signalées, nous noterons qu'un magasin, construit en bois dans le jardin du cloître, avait notablement endommagé les piles du cloître construites en " pierre de sable ": son érection avait entraîné la suppression de murets dans les arcades nord et sud, et les eaux pluviales, tombant du toit de ce magasin, avaient érodé la base des piles du cloître. La tourmente passée, l'ensemble des bâtiments claustraux fut mis en vente. L'expertise des bâtiments, faite entre le 2 et le 20 floréal de l'an VI ( avril-mai ), montre un état de délabrement complet : la toiture des bâtiments, les croisées du cloître, et les portes appelaient des réparations. L'estimation des bâtiments de 13000 livres excluait le magasin de planches du cloître, le mobilier de la sacristie, et quelque deux cents ouvrages laissés dans la bibliothèque. La vente eut lieu le 21 prairial de l'an VI ( juin 1798 ), au profit de deux spéculateurs messins, qui revendirent l'ensemble par lots.