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LES HOMMES
FAUSSAIRES : DE LA COPIE AU FAUX
Faux violon XVIIIe, détail du dos.

Certains faux instruments anciens, les plus beaux, portent les stigmates d'un faux ravalement sur le manche. En effet, la plupart des instruments de maître originaux ont subi des transformations au XIXe siècle pour passer du montage baroque au montage classique. Hormis le remplacement de la barre d'harmonie et bien sûr des éléments amovibles, la principale opération consistait à remplacer le manche pour l'allonger et lui donner une inclinaison plus grande. Ces marques de ravalement sont donc visibles au niveau du manche. Dans le chevillier, les trous de chevilles étaient légèrement déplacés pour s'adapter au renversement du manche. Les têtes des instruments originaux étant conservées pour être remontées sur les nouveaux manches, elles étaient simplement sciées, puis recollées. Un raccord d'enture, à la limite du chevillier et du manche, sous la coquille, est donc visible sur les véritables instruments remontés. Ce raccord et ceux des trous du chevillier étaient souvent simplement imités, par une incision légère, sur les faux instruments anciens. Ces instruments, pouvant être parfois de belle facture, sont patinés à la manière de ceux du XVIIIe siècle. Lors de leur construction, les arêtes et les angles étaient systématiquement adoucis. La caisse était souvent finement piquetée, ou mouchetée, pour rappeler les traces d'usage visibles sur certains instruments anciens. Les gorges du fond et de la table étaient parfois brunies artificiellement, pour imiter une usure différentielle du vernis, avant revernissage complet de l'instrument. Un soin particulier était apporté à ce vernis, qui restait la touche finale de la parfaite copie.
A l'intérieur de la caisse, leur fond porte généralement une étiquette imprimée : " Antonius Stradivarius Cremonensis Faciebat Anno 17** [A+S]", " Joseph Guarnerius fecit Cremone anno 17** [IHS] " ou encore " Anno 17** Carlo Bergonzi Fece in Cremona ". Les deux derniers chiffres de la date de fabrication, habituellement ajoutés à la plume par la main du maître, sont généralement illisibles, rendant impossible toute datation.
Ces instruments, que reconnaissent très facilement les luthiers ou les amateurs, font souvent la joie de leur possesseur. Preuve du succès de l'École crémonaise, ils sont un parfait témoignage de l'engouement, sans bornes, dont les maîtres de Crémone ont fait l'objet.

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Faux, 19e s., détail du chevillier.
Faux violon XVIIIe, détail du chevillier.