| |
| 8/11 |
|
 |
 |
LES HOMMES
FAUSSAIRES : DE LA COPIE AU FAUX |
Certains faux instruments anciens, les plus beaux, portent les
stigmates d'un faux ravalement sur le manche. En effet, la plupart
des instruments de maître originaux ont subi des transformations
au XIXe siècle pour passer du montage baroque au montage classique.
Hormis le remplacement de la barre d'harmonie et bien sûr des éléments
amovibles, la principale opération consistait à remplacer le manche
pour l'allonger et lui donner une inclinaison plus grande. Ces marques
de ravalement sont donc visibles au niveau du manche. Dans le chevillier,
les trous de chevilles étaient légèrement déplacés pour s'adapter
au renversement du manche. Les têtes des instruments originaux étant
conservées pour être remontées sur les nouveaux manches, elles étaient
simplement sciées, puis recollées. Un raccord d'enture, à la limite
du chevillier et du manche, sous la coquille, est donc visible sur
les véritables instruments remontés. Ce raccord et ceux des trous
du chevillier étaient souvent simplement imités, par une incision
légère, sur les faux instruments anciens. Ces instruments, pouvant
être parfois de belle facture, sont patinés à la manière de ceux
du XVIIIe siècle. Lors de leur construction, les arêtes et les angles
étaient systématiquement adoucis. La caisse était souvent finement
piquetée, ou mouchetée, pour rappeler les traces d'usage visibles
sur certains instruments anciens. Les gorges du fond et de la table
étaient parfois brunies artificiellement, pour imiter une usure
différentielle du vernis, avant revernissage complet de l'instrument.
Un soin particulier était apporté à ce vernis, qui restait la touche
finale de la parfaite copie. A l'intérieur de la caisse, leur fond
porte généralement une étiquette imprimée : " Antonius Stradivarius
Cremonensis Faciebat Anno 17** [A+S]", " Joseph Guarnerius fecit
Cremone anno 17** [IHS] " ou encore " Anno 17** Carlo Bergonzi Fece
in Cremona ". Les deux derniers chiffres de la date de fabrication,
habituellement ajoutés à la plume par la main du maître, sont généralement
illisibles, rendant impossible toute datation. Ces instruments,
que reconnaissent très facilement les luthiers ou les amateurs,
font souvent la joie de leur possesseur. Preuve du succès de l'École
crémonaise, ils sont un parfait témoignage de l'engouement, sans
bornes, dont les maîtres de Crémone ont fait l'objet.
|
|
 |

Faux violon XVIIIe, détail du chevillier.
|
|
|